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Illustration & travel stories

Barna Acte 1 : vertigo à gogo

« Justement, alors qu’elle se promène sur la plage par un soir d’été indien, sa vie bascule du jour au lendemain… » (cf L’auberge espagnole, ligne 5).

J’adore la ponctuation et l’incroyable pouvoir que trois pauvres petits points peuvent avoir sur l’imaginaire collectif. Désolée de vous décevoir, mais ce qui a basculé dans ma vie ce soir d’été indien, ce n’est ni une rencontre inattendue, ni un événement incroyable (je ne vous avais pas dit, mais je lis dans les pensées), puisqu’en réalité, c’est dans ma tête que tout a basculé (on est plusieurs là-haut) (d’ailleurs, il y a même de la place pour vous).

Attention, préparez-vous à tomber du côté obscur de la force. Oulala.

Le changement, c’est maintenant

Il m’a fallu être loin de tout (et sur la plage), pour réaliser brusquement (pourtant, ce n’était pas censé être une surprise), que tout avait changé dans ma vie. TOUT. Le pays, la ville, le métier, la compagnie, le « chez moi », le mode de vie, le décor, les projets, les enjeux.

À cet instant précis, même sans souffrir de vertige, une peur pathologique de tomber dans le vide des changements à 360°, m’envahit. Non, je n’ai pas fait de théâtre, mais vu mes psychodrames intérieurs, j’aurais peut-être dû tenter.

Et là, ce fut le début des montagnes russes émotionnelles. Peur, doute, anxiété – enthousiasme, détermination, bien-être – peur, doute, anxiété… (repeat). Bienvenue dans les attractions à sensations fortes de ma tête, toutes liées au « changement », ce mot paradoxalement bénéfique et effrayant à la fois. En voyage, on s’entendait pourtant super bien tous les deux. Mais depuis que c’est devenu sérieux entre nous, les hauts et les bas ont pris le dessus. Classique.

Si vous aimez les loopings, n’oubliez pas d’attacher vos ceintures, et surtout : souriez (au moment le plus inattendu, on va vous prendre en photo).

Changement du mode de vie

Rappel des faits : Il y a quelques mois, j’étais prise dans une énergie nomade de liberté incomparable, de paysages qui émerveillent les yeux, de lieux à parcourir, de limites à repousser, de rencontres et d’apprentissages. Inévitablement, ça modifie le regard que l’on porte sur l’existence et le bonheur >>> Vous venez d’entrer sans le savoir dans le monde merveilleux de Candy (ou de Tom Sawyer). Profitez-en, le plus dur est de le quitter.

Et là, c’est le drame. Car tant qu’on est dans cette jolie utopie, c’est facile de dire que l’on va gravir d’autres montagnes « après », quand on reviendra à sa vie d’avant, avec tout ce que cette aventure nous aura enseigné et inspiré. Le problème, c’est quand on ne revient pas à sa vie d’avant et que cet « après » finit par arriver. Pire, lorsque ledit « après » a lieu maintenant. Si je vous ai perdu, dites-le moi. En même temps, je suis moi-même paumée. Heureusement, on devrait pouvoir se retrouver en chemin : il n’y a pas trente mille routes différentes pour arriver tout en bas de ce post ;).

Ça nous laissera le temps de passer par tous nos états (en cherchant à expérimenter un mode de vie radicalement différent) : poursuivre des rêves insensés, déménager, cap vers le sud, retrouver une vie sédentaire, essayer de digérer tous ces changements en même temps, se poser des questions sans réponse (sinon, c’est trop facile) et paniquer. Je répète. PANIQUER. La 1ère descente du grand huit est tellement raide qu’elle ressemble à une chute. On se demande ce qu’on fait là, mais c’est trop tard pour faire marche arrière : une deuxième descente nous attend déjà. Justement,

nous

voilà

entraîné

vers

le

paragraphe

suivant

{fermez les yeux}

{ouvrez-les}

{HURLEZ}.

Changement de population

L’être humain étant un animal à penchant communautaire, pour survivre, il lui faut un minimum de nourriture, d’eau, et de vie sociale. La solitude est pourtant inévitable quand on emménage dans une ville surpleuplée d’inconnus. Le point positif est que plus on est seul, plus on a besoin des autres, donc plus on devient créatif pour provoquer les rencontres et les nouvelles amitiés, et plus on se force à aller vers autrui.

C’est ce que l’on pourrait appeler « le mode survie », anti-oxydant naturel pour le coeur (ma prochaine reconversion professionnelle sera la poésie). Je suis sûre de deux choses : c’est encore meilleur que les brocolis et ce devrait être fortement recommandé pour les introvertis ;).

Changement d’emploi du temps

Conséquence directe du looping précédant, quand tu veux rencontrer des gens, tu t’inscris :

1. à un espace de coworking (il paraît que les rencontres, c’est compliqué quand on travaille seule chez soi) (bon, d’accord, c’est vrai que, bizarrement, je ne croise pas grand monde entre la cuisine et ma chambre).

2. à PLEIN d’activités. Crossfit, volley, roller, yoga, et cetera. Résultat : chaque soir de la semaine, c’est comme si j’avais « poney ».

Voilà comment, celle qui voulait se sentir libre et indépendante au quotidien (#jepeuxtravailleroùjeveuxquandjeveux) se construisit sa petite cage dorée avec un emploi du temps surchargé. Bravo.

Changement de métier

Changer de job, c’est une chose. Changer de métier en est une autre. Sans oublier que ce métier est non seulement, radicalement différent (avant, mon ordi était mon principal outil de travail, maintenant ce sont les crayons de couleur et les feuilles Canson), mais qu’en plus, l’organisation de travail l’est également (avant, j’avais un patron et des collègues, maintenant je suis une entreprise à taille humaine, d’1,60 mètres pour être exacte). Bref. Ça change.

Mais revenons-en au coworking. Si l’on investit dans cet étrange espace de travail, c’est parce qu’au-delà des liens pro et sociaux qu’il peut générer, c’est l’endroit parfait pour s’auto mettre la pression. De cette façon, il faut expliquer à plus de personnes comment on en est venue à devenir illustratrice autodidacte, accepter d’être exposée au regard des autres, prouver que l’on mérite sa place, cacher les incertitudes et le fait (très anodin) qu’il nous reste tout à apprendre et encore beaucoup à créer. Vous sentez la pression qui commence à monter ? Allez, soyez sympa, faites semblant au moins ;).

Quant au calcul sur la productivité (quantité produite divisée par la quantité de travail utilisée) (un jour, quelque part dans ma vie, j’ai fait un Bac sciences économiques et sociales), il se peut qu’elle y soit plus efficace qu’en restant chez soi ou qu’en squattant le Starbucks. À ce sujet, c’est peut-être plus inspirant de voir tous ces gens qui essaient de créer plutôt que de regarder tous ces touristes boire du café. Sauf si tous ces gens qui essaient de créer sont addicts au café.

Changement du niveau sonore

Comme les habitants (et touristes) sont très festifs, que j’habite entre deux bars sympas et que les rues du quartier gothique sont très étroites, ça donne, tard le soir (ou tôt le matin), des conversations très audibles, très joyeuses ou très énervées (selon le degré d’alcool dans le sang). Parfois, certains voisins fatigués balancent de l’eau par dessus bord, et là, c’est l’insulte général.

En fait, pour dormir un samedi soir, il vaut mieux rentrer tard chez soi, si possible, épuisée. Et hop, petit looping pour cocher la case du week-end dans le paragraphe « emploi du temps overbooké », et au passage satisfaire celui qui porte sur la vie sociale.

Changement d’animal de compagnie

Ça devait être un chat, mais finalement, nous avons un lézard. L’intéressé a été surpris lors d’une cession ménage ayant donné lieu à une scène digne d’un vidéo gag (c’est fou comme on peut se sentir démunie face à une créature si petite et si innocente).

Cette scène a contribué à un grand débat entre colocs. L’un d’eux espérait que je sois parvenue à le chasser de l’appart’. L’autre misait sur un échec (elle lui avait donné un surnom à ce gecko qui logeait dans ma chambre depuis des années apparemment – donc elle savait – et sa présence rapporterait, selon ses croyances superstitieuses, de la chance en termes « d’argent »). J’ai donc potentiellement mis dehors celui qui allait me faire devenir riche. Vive les montagnes russes.

Changement d’éclairage

Le comble quand on habite dans une ville où le ciel bleu est scotché au plafond, c’est d’habiter dans une rue si étroite que la lumière du jour n’arrive pas à s’infiltrer. C’est ainsi que la vie « plage et palmiers qui fait rêver » ressemble vite… à un film en noir et blanc. Sans Charlie Chaplin, c’est moins marrant.

{FLASH INFO} : La photo surprise du manège a lieu là tout de suite maintenant (c’est le moment de sourire), et, heureusement pour vous, elle est en couleur.

Changement de décor

La bonne nouvelle, c’est qu’on descend dans la lecture au même gré que le moral remonte la pente (tout l’intérêt d’avoir des hauts et des bas). À ce sujet, le décor marin y est pour beaucoup (quitte à sortir de sa zone confort, autant élire une destination disposant d’un décor confortable, du genre… la mer) (cette fille est donc angoissée, mais au moins, elle est un minimum sensée).

D’ailleurs, c’est sur la plage que ce post a commencé, et c’est ici-même qu’il va s’achever, prêt à braver les prochains changements à venir. Comme disait une grande philosophe nommée Britney, « I’m stronger than yesterday », ce qui devrait suffire pour affronter les futurs rollercoasters.

Par contre, j’ai bien conscience que lorsqu’on évoque ce type de philosophe, c’est qu’il est temps de filer.

Du coup, je vous dit à très vite, mais pas à ce soir, j’ai poney beach volley.

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