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Carnets de voyage autour du globe

Venez, on va en Bolivie

Le carnaval vient de faire ses adieux jusqu’à l’an prochain, ce qui permet : 1) aux habitants de se réapproprier la ville (heureuse de retrouver un peu de repos après tant de festivités), 2) à moi de revenir par ici (heureuse de vous retrouver après une bonne sieste).
Il était temps car on a beaucoup de choses à se raconter depuis la dernière fois.
Justement. Pour fêter ces retrouvailles, je me demandais si ça vous disait de partir quelques semaines en Bolivie, là tout de suite, dans 5 secondes ? Cool.
Fermez les yeux (pas trop non plus, sinon, le voyage la lecture risque d’être légèrement compliquée) et laissez-vous guider. La visite se fait autour de 20 verbes à l’impératif – un impératif tout doux, hein (le Bescherelle est mon ami, je n’y peux rien). Rassurez-vous, vous n’avez pas à vous soucier des conjugaisons, juste à lire. En plus, entre les verbes d’action et les verbes passifs, il y en a pour tous les goûts. Ça devrait bien se passer.
Vamos !

1. Réveillez-vous…

…à La Paz (le bus arrive à 5h30, pas le temps pour une grasse mat’, même si on est dimanche, désolée). La capitale est installée au creux des montagnes, ce qui signifie que de nuit, l’éclairage nocturne s’étend sur les hauteurs, faisant pétiller la ville d’un véritable charme étoilé (qu’est-ce qu’on peut être poétique de bon matin). La plus jolie façon de commencer la journée et ce nouveau chapitre (malgré le violent réveil matinal).

2. Respirez…

…calmement. Les montées et l’altitude sont rudes dans la capitale la plus haute du monde (3630m). Il vaut mieux y aller doucement. Ins-pi-rer. Ex-pi-rer. Oui, voilà, un peu comme ça. Inspirez un peu plus longtemps. Soufflez. Faites une pause tous les 5 mètres (vis ma vie de grand-mère). Parfait. Et puis, si vous êtes fatigué, et bien, prenez le téléphérique. La vue d’en haut est pas mal et à la vitesse à laquelle que vous avancez là tout de suite, franchement, ce sera plus efficace. Croyez-moi.

3. Apprivoisez…

…cette grande ville sans MacDo (comprendre : capitale résistant fièrement à l’emprise américaine), où l’artisanat, le textile, les couleurs, les motifs andins, le style vestimentaire, les rites et les croyances nous parlent de l’attachement aux traditions ancestrales qui se transmettent ici de génération en génération. C’est beau cette envie de perpétuer l’art de vivre et les coutumes de ses ancêtres. C’est beau de le constater en temps que passager sur ce territoire.
Bref, le dépaysement est total !
[Même s’il est également douloureux de faire face à la pauvreté d’une grande partie de la population et au travail infantile (coeur brisé). Ou comment casser l’ambiance en 3 secondes.]
Revenons-en au ressenti 100% tradi de la city. Evidemment, les moments où j’ai osé sortir mon téléphone pour prendre des photos n’illustrent pas vraiment les propos cités plus haut (tissus, habillement, traditions), ce serait trop facile (l’occasion parfaite de compter sur votre imagination 😉
En résumé : non seulement j’ai changé brusquement de sujet, mais en plus, les photos ne collent pas au texte. Insupportable.

Le sublissime « Valle de la Luna » de La Paz.

Un patio parmi tant d’autres.

Une fausse-idée du trafic routier (en réalité plutôt chaotique).

La jolie Plaza Murillo, l’une des places principales de la capitale.

4. Sentez…

…les odeurs de friture qui se mêlent aux odeurs de fruits frais, à la pollution et aux parfums des fleurs. Miam miam. Étonnament, ça a son charme. Si, je vous jure (avec zéro preuve en image puisqu’on est dans la catégorie olfactive).

5. Admirez…

…les longues tresses noires des femmes, coiffées d’un chapeau ou d’un bonnet et nouées d’un joli chouchou en leur pointe (la beauté capillaire des Andes). Mais aussi… leurs jupes bouffante, leur ballerine et leurs sacs en toiles aux motifs colorés dans lesquels on aperçoit tantôt des kilos de pommes de terre, des fleurs, des fruits ou des vêtements à vendre sur le marché (dans tous les cas, ça a l’air très lourd). Un poids qui floue un peu leur âge : elles ont un travail épuisant (qui est censé vieillir) mais elles ont aussi de sublimes traits indigènes (qui sont censés rajeunir). Ce qui nous mène à cette question toujours sans réponse : sont-elles plus âgées qu’elles en ont l’air ou font-elles plus jeunes qu’elles ne le paraissent ? Si vous avez une idée du verdict, je vous en remercie par avance. Ça m’aiderait à en finir avec cette interrogation existencielle (histoire de vous faciliter la tâche, mes photos ne montrent pas leur visage).

6. Parcourez…

… »el camino de la muerte » (« chemin de la mort ») à vélo. Ça se passe en périphérie de La Paz, et c’est un ami bolivien qui m’y envoie (pourtant, c’est censé être un bon ami). La largeur de cette voie située au bord d’un ravin abrupte ne tolère qu’une voiture et demie. Malgré tout, durant plusieurs décennies, elle était utilisée à double sens, causant chaque année des centaines d’accidents mortels. Aujourd’hui, elle est principalement utilisée comme route touristique à parcourir en VTT (avec un guide). Soit 50km (ne paniquez pas, il n’y a que de la descente), sur un chemin de pierres, avec un précipice impressionnant sur la gauche et des dizaines de croix sur la droite (et après avoir fait le pacte d’arriver vivant en bas) (maintenant, vous pouvez paniquer). Le réconfort de cet effort (plus mental que physique même si les mains ont déjà des courbatures à force de freiner en continu) : le paysage aussi vertigineux que tropical, d’abord nuageux puis à ciel ouvert…

7. Écoutez…

…(ou pas) les vendeurs de billets de bus hurler les destinations proposées dans les gares. CochabaaaaaaambAAAA (la majuscule de fin indique le haussement de voix). Santa Cruz Santa Cruz (la répétition se fait à la fois très fort et très vite). L’avantage est de finir par connaître toutes les villes du pays. L’inconvénient est d’avoir les oreilles en mode « casser la voix ».

8. Mâchez…

…des feuilles de coca pour mieux supporter l’altitude. Comme je n’ai toujours pas compris comment faire pour que ça fonctionne et ne pas avaler ces feuilles fortes en goût, je n’ai aucun conseil de mastication à vous donner. Par contre, je peux vous proposer de passer à d’autres saveurs en bouche, juste après ce point tout rond.

9. Goûtez…

…des salpeñas (empanadas boliviennes), des plats traditionnels comme le délicieux (et trop copieux) « silpancho » (on partage ?), des truites fraîches (au bord du lac Titicaca), des pommes de terre en accompagnement (sous forme de frites bien entendu, car la friture est la règle), des soupes (« sopa de quinoa » ou « sopa de mani », pour faire plus light), des jus d’orange pressé dans la rue (avec un rapport qualité/prix imbattable), des salades de fruits exotiques dans les marchés (aussi jouissif que de manger du chocolat)(bon, presque), des pâtisseries fait maison (option B dans la catégorie « gourmandise ») ou (rien à voir)… de la viande de coeur de vache (hé oui.. ne faites pas cette tête, c’est vraiment… bon).
Oups, je sens que je vous ai involontairement coupé l’appétit. Allez, venez, sortons de table et allons papoter sur un bateau.

Salades de fruits, marché de Sucre.

10. Naviguez…

…sur le lac Titicaca (lac navigable le plus haut du monde avec 3812m au-dessus du niveau de la mer). Celui qui est considéré comme le berceau des Incas, est emprunté par de nombreux touristes pour aller au Pérou. Je sais que c’est tentant, mais ce n’est pas vraiment l’itinéraire idéal pour aller au carnaval de Rio (tous les chemins mènent à Rome mais pas à Rio, il faut faire avec). À la place, on va aller à la Isla del Sol, sublime île en territoire bolivien.
Qui dit île dit bateau (au départ de la jolie ville de Copacabana). À ce sujet, si vous ne montez pas sur pas le toit du bateau sous la pluie, avec 15 personnes et la sensation que vous allez couler, vous avez tout raté. Ah oui, autre chose, ici, il n’y a pas de téléphérique, et c’est bien dommage pour votre souffle. En effet, pour accéder au point culminant de l’île (avec vue panoramique d’exception), il faut grimper, souffrir et respirer calmement (je vous conseille de reprendre les exercices respiratoires du 2ème paragraphe)(mais n’oubliez pas de revenir ici, sinon, vous allez louper le meilleur, à savoir, la vue imprenable sur l’île) :

Avant d’arriver sur l’île, le lac Titicaca et un bateau de luxe aperçu au loin :

Avant le lac Titicaca, Copacabana :   

11. Achetez…

…un pull bolivien. Sinon, vous ne ressemblerez pas aux autres touristes, ce serait tellement dommage. Tout le monde a le même et il coûte 10€. Pour le froid qu’il peut faire ici, c’est un investissement rentable à un coût fort raisonnable et un souvenir utile. Pourquoi s’en priver ?

12. Baladez-vous…

…au milieu des merveilles architecturales coloniales de Potosi, ville la plus haute du monde (elle culmine à plus de 4000m, 4070 pour être exact)(attention, il y a une interro sur les records d’altitude en fin de post). Construite au pied du Cerro Rico (montagne riche), cette ville fut, grâce à ses mines d’argent, l’Eldorado des Espagnols au 16e siècle et la plus grande ville de l’Occident, devant Londres ou Paris. D’ailleurs, les richesses du passé se devinent face aux constructions coloniales de toute beauté qui peuplent les rues du centre historique. Quant à la visite des mines (où des miniers continuent de travailler dur chaque jour), j’ai passé mon tour (les grèves du moment – envers le nouveau code pénal, m’ont contraint de partir plus vite que prévu). Je ne suis donc malheureusement pas en mesure de dispenser une quelconque visite sous-terre… pour le plus grand bonheur des lecteurs claustrophobes. Je suis sûre qu’il y en a, avouez.

13. Prenez connaissance…

…du tabou Bolivie-Chili. Attention sujet sensible (d’ailleurs, je me contenterai de présenter les faits car je tiens à rester dans de bons termes avec mes amis boliviens et chiliens ;). Côté bolivien : le sentiment d’avoir été privés de l’accès à la mer par les Chiliens (depuis la guerre du Pacifique à la fin du 19e siècle), et l’espoir, toujours vif, d’obtenir une réattribution d’un bout d’océan. Côté chilien : le sentiment de ne pas avoir à revenir sur les changements de territoire du passé (une majeure partie de la Patagonie appartient désormais à l’Argentine et il n’a jamais été question de lancer des réclamations). Evidemment, le lien frontalier avec le Pérou (côté Chilien) ne facilite pas les choses. Pas si simple de changer les frontières. Mais ne nous éternisons pas, ceci est un long débat.

14. Appréciez…

…la tranquilité de Sucre (ville la plus sûre de tout le pays, et entièrement équipée de caméras). Mais surtout, appréciez la beauté de cette ville surnommée « la ville blanche ». Ou encore, appréciez le retour d’un climat doux et ensoleillé. Perso, je suis tombée sous le charme. Style colonial, blancheur éclatante, météo idéale, vie paisible, lieux culturels, patios élégants, quartiers animés, rues pavées, ville étudiante, délicieux marché. C’est peut-être la ville que j’ai préféré jusqu’ici. Si, si, vraiment. Au point que le séjour de deux jours s’est converti en une semaine. Je le vends bien, non ?

15. Dansez…

… l’une des 40 danses folkloriques. Il y en a un paquet, et chacune a son costume (la danse est aussi belle que la tenue vestimentaire). Option B : regardez les pros danser (à l’école Origenes à Sucre). En fait, la seule option à moins de s’installer 3 mois ici en prenant des cours de danse. J’ai pourtant l’impression que la plupart des voyageurs sont plus en mode « cours d’espagnol » que cours de danse. D’ailleurs, je me demande ce qui leur prend à tous. Apprendre l’espagnol en Amérique du Sud, quelle drôle d’idée, non ?

16. Vous écouter…

…en gros, suivre vos envies, même si elles sortent du cadre « voyage ». Imaginez que vous vous baladez tranquillement à Sucre et que soudain, un cinéma débarque de façon inattendue sur votre chemin (pire, il se met face à vous). On est d’accord, vous n’avez pas d’autre choix que de rentrer à l’intérieur. Et là… après deux mois et demi sans télé, sans film et sans hobbie de vie « normale » : l’appel de l’écran est trop grand pour passer à côté du presque oscarisé Jumanji (quitte à être en mode aventure, autant rester sur le même registre cinématigraphiquement parlant). L’histoire est basée sur un groupe d’ados se retrouvant dans un jeu vidéo, avec pour défi, celui de gagner des « mondes ». Et là, ma vision intellectuelle (ou complètement perchée) du voyage me dit que cette métaphore fonctionne aussi pour moi qui passe sans cesse d’un monde à un autre. Ok. Finalement, le ciné n’est peut-être pas bon pour ma santé.

17. Patientez…

…car tout va doucement ici (oui, encore plus qu’en Argentine et au Chili). Par exemple, si on vous demande d’attendre 15 minutes pour une pause pipi devenant vitale dans un bus roulant sur une route chaotique de nuit pendant 14h et alors que vous êtes très très mais vraiment très pressé(e) (la description « route de nuit » et « 14h de trajet » est censée vous mettre en situation d’envie pressante dans une zone d’extrême inconfort), sachez que les 15 minutes signifient en réalité 2 heures. 2 heures dans un mode très très pressé + situation très très inconfortable = torture très très violente.

18. Oubliez…

…vos repères basiques. L’allée centrale du bus en question se transforme, de nuit, en dortoir pour enfants (les parents sur les sièges, les enfants, sur le sol). Impossible d’y marcher sans écraser une main ou un pied. Sympa. Lorsque ce bus s’arrête au milieu de la nuit, au milieu de nulle part : assister à une pause pipi générale, « tous ensemble, tous ensemble, hé hé ». Youpi. J’en profite pour vous donner un conseil, ne faites pas le trajet Sucre 》 Santa Cruz en bus, prenez n’importe quoi d’autres, un cheval, une montgolfière, un hélico. Ce sera mieux (surtout en hélico).

19. Dépenser…

…peu. Très peu. Le maxi jus d’orange pressé coûte 5 bolivianos (80 centimes), un plat traditionnel au marché avec soupe en entrée et plat énorme coûte 15 bolivianos (2€), un trajet en taxi 10 bolivianos (1,50€).
Résultat : vous n’allez peut-être jamais y cuisiner. D’ailleurs ce verbe n’existe plus. Il a été radié ici-même à tout jamais. Sauf qu’il n’y a pas de petites économies, et à la fin, pour seulement deux semaines, l’addition est salée. Qui l’eut cru ? Les plats étaient pourtant bien assaisonnés.

20. Transpirez…

…à Santa Cruz. Pas le choix, il fait 30 degrés. Mais après le froid des villes en altitude, honnêtement, même avec toute la haine que les moustiques peuvent susciter en vous (alors que eux ne cessent de vous démontrer tout l’amour qu’ils vous portent), vous allez adorer avoir chaud. En plus, ici, on ressent une ambiance tropicale, très différentes des autres villes et c’est le début des pré-carnavals avec leurs défilés colorés. Une autre version de la chaleur, tout en musique. Comme une transition vers les carnavals du Brésil…

See you guys !

Commentaires (6):

  1. jessica okou

    16 février 2018 at 17 h 44 min

    Comme toujours un vrai dépaysement. Merci Diana 🙂

    Répondre
    • Dessinatologue

      20 février 2018 at 5 h 44 min

      Merci ma Jess 💚😘

      Répondre
  2. Melissa

    17 février 2018 at 14 h 43 min

    Trop canon ! Merci Diana de nous faire autant voyager. Et ta pause pipi m’a fait mourir de rire ! Des bisous. Profite profite profite

    Répondre
    • Dessinatologue

      20 février 2018 at 5 h 51 min

      Merci à toi Mélou ! Ah.. la pause pipi ! Je t’imagine bien m’imaginer 😱🤣 Muchos besos para ti ❤

      Répondre
  3. Jennifer

    22 février 2018 at 18 h 39 min

    Ah top ce petit récit !

    J’ai adoré le « écoutez » je crois que je les entends encore crier dans la gare routière… Lol
    Et le « patientez » mais c’est tellement vrai ! Je pense qu’on ne peut pas comprendre, tant qu’on ne l’a pas vécu… Dans le même style les indonesiens sont pas mal non plus… Mais je crois que les boliviens ont la palme d’or 😉

    Hâte de lire la suite

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    • Dessinatologue

      22 février 2018 at 19 h 27 min

      Hahaha! Oui, c’est vrai ! Sacrée leçon imposée de patience pour des hyperactives comme nous 😅 Cool que ça te rappelle tous ces souvenirs 🙂
      Muchos besos ma Jenny 😘😘😘

      Répondre

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