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Carnets de voyage autours du globe

Road trip à Salta 

Après une courte (mais incroyable) escale à Iguazu, nous voilà de nouveau à la station de bus (mon nouveau QG), direction Salta, une vaste région dans le nord-ouest de l’Argentine.

Nous étions 2. Nous sommes désormais 3. Un Allemand, un Français et moi-même. Au moins trois points communs : le même hostel de Buenos Aires comme 1ère étape d’un tour d’Amérique du sud, Iguazu pour 2ème étape et Salta pour la 3ème. Ayant tous le permis pour un éventuel road trip et étant tous très sympas (bien entendu), on s’est dit : faisons un bout de route ensemble. L’un fera GPS, l’autre DJ et la troisième traductrice. Un joyeux trio d’opportunistes en fait 😉
Quoi qu’il arrive, nous sommes heureux d’affronter c 25 heures de bus ensemble (ou serait-ce l’idée de faire ce trajet en cama (lit) et non en semi-cama (semi-lit ou plutôt siège de bus classique) qui nous rend heureux ?) #onnecommetpasdeuxfoislamêmeerreur.

Le programme

L’objectif une fois arrivés : faire le tour de la ville rapidement et louer une voiture. On se donne une semaine (la région est immense).
Pour compenser le coût de ce investissement (la vie de routard consistant en un jeu : dépenser le moins possible > celui qui trouve les meilleurs plans a gagné), mes compagnons de route ont la merveilleuse idée d’acheter une tente pour camper. Ainsi, ce qu’on économiserait en nuits d’auberge permettrait de payer notre magnifique chevrolet.
Ils ont l’air tellement sûrs d’eux que je ne m’oppose pas au concept du camping sauvage. C’est peut-être le moment de devenir une vraie aventurière, qui sait. Ce programme soulève quand même quelques questions à mes yeux (elles sont absurdes pour eux, pleine de bon sens pour moi). Tous les thèmes y passent : la douche (où, quand ? Ah, du coup… Tous les combiens ? Mais…), la nourriture, la température extérieure, les animaux sauvages (il y a des lamas quand même ici).
Vu les réponses, je crois que j’ai affaire à des habitués. Vu mes questions, je passe pour la débutante stressée du groupe (que je suis, soyons honnête). Une débutante stressée, certes, mais équipée. Eux n’ont ni couteau suisse, ni Opinel, ni tupperware, ni couverts, ni duvet. Hyper sereins les mecs. Ou alors, ils mentent bien.
Quelle que soit la bonne réponse, le résultat est le même : nous achetons notre nouvelle maison, et elle n’est ni de briques, ni de paille, ni de terre. Pratique pour le loup (ou le lama).

Vendredi ou la vie sauvage

Tout a commencé un vendredi. Nous avions la tente, la voiture et une semaine devant nous. Un passage à l’office de tourisme nous indique que nous ne pouvons pas camper où bon nous semble. Il faudra s’installer dans des campings. Deux d’entre nous sont hyper déçus, l’autre cache sa joie.
Deuxième information : tous les points à visiter dans la périphérie de Salta sont a 4h de route environ et la voiture que nous avons (un beau 4×4 dans nos rêves, une petite chevrolet dans la réalité) ne nous permet pas de rouler sur les chemins de terre (une grande partie quand même) (conséquence directe : nous enfreindrons cette règle de nombreuses fois).
Quelques courses plus tard, notre nouvelle acquisition roule vers le sud, direction Cafayate. Après 3h de route, le paysage est magnifique (il l’était peut-être avant mais je dormais). Roches et terre rouges, cratères lunaires sortis de nulle part, gorges impressionnantes, végétation arride. On est fan.
Sur le chemin, on trouve un excellent vignoble où s’hydrater et où resterait bien pour la nuit (il y a une piscine, tout est beau et propre – ça nous changerait. Mais non. Soyons raisonnables, ce serait tellement dommage de passer à côté de notre toit en toile tout neuf).
À la place de ce joli cadre, on déniche un camping au beau milieu de Cafayate (joli village typique).
Bien qu’extrêmement rustique (à en voir l’état de la « salle de bains/toilettes » à ciel ouvert et envahie d’eau dont je me passerai de tout commentaire), on décide d’y monter notre tente.
Ah.
1ère surprise : celle-ci est pleine de terre, ce qui veut dire qu’elle a déjà été usée. Mais là n’est pas le problème.
Ce n’est pas le modèle figurant sur la photo du packaging. Une tente spacieuse de 3 personnes qui est en fait.. une tente miniature d’une personne. Peut-être que deux êtres humains de taille « enfants » peuvent rentrer dedans, mais pas 3.
Gros silence. Éclat de rire nerveux.
Pour une raison que j’ignore (peut-être parce que c’est la fin de la journée et qu’on a très faim), on reporte à plus tard la résolution de ce problème.
La suite passera vite puisque se succèdent : barbecue, chants et guitare (il y a de bons musiciens parmi les voyageurs très authentiques ici présents) et échanges passionnants avec le vieux monsieur qui tient le lieu. Celui-ci a parcouru le monde depuis ses 17 ans, d’abord avec l’Unesco, puis en faisant du stop auprès des camions. Une vie consacrée au voyage avec, en héritage, 4 enfants de nationalités différentes au 4 coin du globe. Dingue.
Vient l’heure d’aller se coucher. On n’a pas d’hostel de secours. Juste la tente. Le dernier entré aura la place du milieu. Ce n’est pas moi. Mais une fois tous dedans (oui, n’ayant pas de plan B, on a quand même essayé), deux choses : 1. Le fou rire. 2. Le bad buzz. Les sardines sont moins serrées au fond de leur boîte. En plus elles chantent. Chez nous, ça ronflent (déjà). Sérieusement ? Moi, je ne peux ni respirer, ni bouger. En l’espace de 2 minutes, je quitte les lieux, car, « par chance », j’ai les clés de la voiture. La suite est facile à deviner. Ce paragraphe aurait donc pu s’intituler « comment j’ai passé la pire (et la plus improbable) nuit de ma vie ». Il faisait 8 degrés, autant dire qu’avec un duvet ultralight (températures de 15 degrés et plus), même en portant toutes couches de vêtements disponibles dans mon sac-à-dos, je n’ai pas dormi. Pour l’initiation à la vie d’aventurière : c’est raté. Je dirai même que c’est fini.
Au petit matin, les gars n’étaient pas plus en forme. Un bon argument pour abandonner l’idée du camping. Au moins pour la nuit qui suit (ils sont très sympas et débrouillards mais drôlement têtus).

Le monde entier est un cactus

Après notre nuit blanche, nous reprenons la route pour rejoindre Cachi, un village haut perché signifiant littéralement en Cacán, roche (Kak) silence et solitude (Chi). Une traduction que nous sommes heureux de constater en live (du coup, on ne parle plus dans la voiture, ça aide à mieux contempler).
Les couleurs ocre et rouge ont cédé leur place à des montagnes vertigineuses et d’incroyables étendues de cactus qui nous valent plusieurs arrêts photos et un petit treck dans les hauteurs au milieu des ces drôles de végétaux à pics et à fleurs (bipolaire un peu les cactus quand même).
Les paysages de cette zone sont simplement magiques. Est-ce qu’on le ressent avec de simples photos ? Je ne sais pas. Testons quand même 😉

On campera dans un autre monde, dans une autre vie

Une nuit plus tard (dans un hostel sombre, peuplé de personnages étranges voir inquiétants – mais le seul de libre), nous rentrons à Salta.
Lesmecs (des gens bien mais avec de mauvaises idées, que voulez-vous), s’obstinent à changer la tente. Ils ont déjà oubliés la nuit blanche de l’avant-veille. Je pose mon veto. Il ne reste que 4 nuits, nous savons maintenant que nous ne sommes pas équipés pour survivre (oui j’emploie les grands mots) aux températures nocturnes et les hostels ne sont pas si chers. Mais nous sommes 2 contre 1. La démocratie est cruelle parfois. Pas grave, l’avenir me donnera raison.
Le magasin n’a plus la tente que nous aurions dû avoir, et les seuls modèles disponibles coûtent le triple.
Match1 – zéro pour moi 🙂 On finira le road trip sous de vrais toits. Fin de la vie à l’état sauvage. Rideaux.

La serrania de Hornocal, montagne aux 14 couleurs

Il est temps de nous diriger vers le nord de Salta, baptisé « The north » (on parle en anglais entre nous). À chaque fois qu’on emploie cette expression (c’est-à-dire tous les jours), j’ai l’impression d’être dans Game of Thrones (le fait de voyager attaque peut-être sévèrement mes neurones).
Du coup, en attendant de rencontrer Jon Snow (en réalité, le côté désertique correspond davantage au royaume de Daenerys mais peu importe), on arrive dans le très joli village de Humahuaca où la tradition andine et la proximité avec la Bolivie se reflètent sur les habitants, les textiles, l’architecture. Gros coup de coeur.
À 50 minutes de là : la montagne aux 14 couleurs (serrania de Hornocal). Pas une question de distance. Plutôt de l’état de la route. Je crains que les pneus de la voiture ne décèdent sur le chemin. Mes coéquipiers, fidèles à eux-mêmes, ne craignent rien. Effectivement, la voiture survivra à cette énième route de terre ou plutôt de pierres (le soir-même, les voyageurs partageant notre chambre nous raconteront leur drame de la journée – pneu crevé – sur cette même route, preuve que je ne suis pas complètement parano).
Une fois là-haut, place à la magie. Encore. Il fait froid et il vente fort. Mais nous sommes seuls. Seuls au monde. On n’entend que le vent. Si la nuit ne s’apprêtait pas à tomber, on pourrait rester là pendant des heures. On essaie de compter les 14 couleurs. On prend des photos. On contemple. Et puis, on finit par repartir. Il va bientôt faire nuit. Une chose est sûre, c’est l’un des plus beaux endroits vus jusqu’à présent.
 

Iruya – Uquia

Autre merveille de la région (The North s’appelle en réalité, Quebrada de Humahuaca), classée au Patrimoine de l’Unesco : Iruya.
Pour se rendre dans ce village perdu au milieu des montagne : ce sont 3h30 de bus (l’agence de location de voiture nous a interdit de prendre cette « terrible » route n°40). Soit. On va être obéissant au moins une fois. Tant mieux car le chemin est chaotique.
Pas de chance, il ne fait pas beau. Le village suspendu au milieu de montagnes colorées est charmant, mais sous un ciel nuageux, les couleurs de ses paysages sont moins frappantes que la veille. C’est ce que j’appelle la théorie du ciel bleu. Parce que tout paraît plus beau sous un ciel bleu, et vice-versa sous un ciel qui fait grise mine. Le nuancier vaut quand même le détour :
Comme on est parti tard et que le dernier bus rentre tôt, on n’a pas le temps de se ballader plus loins pour voir les condors (raison pour laquelle on était venus). La route de retour est longue. Ça laisse peu de temps pour faire le treck la Quebrada de las Señoritas prévue dans nos têtes. On y va quand même. Surprise, les couleurs de fin de journée sont plutôt jolies, surtout vues d’en haut des rochers.
Par contre, quand on rentre (direction un autre village classé au patrimoine de l’Unesco, Uquia), il fait nuit noir et il fait froid. On met 1h30 à trouver un hostel ouvert. Une fois installés, le wifi ne marche quasiment pas. Le temps de faire des courses et de cuisiner, on mange à l’heure argentine (très tard). En silence. Faim, fatigue et quelques signes de mauvaise humeur sont probablement à table. Inévitables ? Sûrement 😉 Venez, on dort et on passe à demain.

Salinas Grandes, grand moment

Le meilleur pour la fin, évidemment, avec un des déserts de sel les plus imposants d’Amérique latine. Comme un avant-goût du salar de Bolivie, dont le goût est effectivement salé, je confirme. Ça, c’est au niveau des papilles. Pour les yeux, c’est plutôt… waou. La vision de ce désert tout blanc au sommet des montagnes est fascinante.
Un guide (obligatoire) qui mâche des feuilles de coca (très commun ici – ça aide à mieux respirer en altitude et à avoir plus de force) nous explique l’essentiel (je vous renvoie vers la page Wikipédia en guise de rattrapage) puis…  il se convertit en photographe professionnel.
Il a plein d’idées de photos hyper kitsch (jeux de perspectives où tu poses ta main comme ceci ou comme cela, tandis que les autres, miniatures en arrière plan, lèvent les mains au ciel). Bizarrement, on s’exécute sans attendre. De vrais touristes. Qui ont, tout d’un coup, des dizaines d’idées encore plus kitsch. À croire que cette étendue scintillante nous rend créatifs (ou complètement fous).
Ça doit être parce que ça nous change des photos où on regarde le paysage (à nous 3, on a une belle collection identique de photos de profils). Les paysages suffiront ici 😉 

Nous sommes en Argentine. Il fallait donc bien un terrain de foot pour le désert de sel.

On en oublierait presque les autres visites de la journée, pourtant très sympas. 1. Le site archéologique de Tilcara et ses magnifiques cactus (encore). 2. Purmamarca, village où se trouve la montagne aux 7 couleurs (Cerro de los 7 colores) où nous passerons la dernière nuit.

Même morts, les cactus sont beaux. Un don utilisé par les habitants pour créer des accessoires déco. Voilà pour l’aparté cactus.

 

Into the wild, the (happy) end

Si je ne vous ai as perdu sur la route quelque part dans le premier camping (vous non plus n’en êtes pas fan ?) ou à la frontière bolivienne, alors sachez qu’il est bientôt temps de rendre la voiture. C’est ainsi. Toutes les bonnes choses ont une fin.
La bonne nouvelle, c’est que ce n’est encore que le début de cette immersion dans la nature sud-américaine. Tant mieux, car il n’y a rien de plus puissant que de se retrouver face à l’immensité de paysages surnaturels (et pourtant bien naturels), de se sentir tout petit au milieu de montagnes colorées ou de rochers massifs, de marcher, respirer, sentir son coeur qui bat (franchement, je suis sûre qu’il bat un peu plus fort) (bon, en réalité c’est surtout parce qu’il y a des sacrées montées et qu’on est en hauteur – 3350m au-dessus de la mer quand même).
N’empêche que sans mes coéquipiers (parfaits inconnus il y a encore deux semaines), il y a des dizaines d’endroits où je ne me serais jamais jamais aventurée seule, des rochers que je n’aurais jamais pris le risque d’escalader, des trecks au milieu de nulle part que je n’aurais même pas envisagé. Donc malgré l’épisode du camping sauvage, je leur dois au moins ça (un bon lot de fous rires aussi). Et puis, soyons francs, s’émerveiller ensemble, ça change tout.
Bref, c’est peut-être ça l’aventure. Se laisser guider et surprendre par l’inconnu, bien plus que de dormir sous une tente.
Donc voilà. En plus d’attaquer mes neurones, le voyage me rend philosophe. Il ne manquait plus que ça.
Allons soigner cette nouvelle pathologie du côté de Mendoza. Le vin me fera peut-être du bien.
Au passage, si vous avez des idées de sandwichs originaux, je prends (overdose de jambon-beurre et autres classiques en cours). Pour vous remercier, je vous offrirai un verre de Malbec ou de Syrah à mon retour (mais il va falloir être patient car je ne compte pas rentrer de sitôt… 😉

Commentaires (4):

  1. Francelle

    1 décembre 2017 at 2 h 33 min

    Super résumé j’ai bien ri 🙂 les paysages sont magnifiques ça donne envie de voyager devant tant de perfection ! Profite à fond et continue l’écriture avec de l’humour j’adore <3

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    • admin5565

      2 décembre 2017 at 15 h 13 min

      Héhé 😉 Merci beaucoup Francelle ! 😘 Des bisous ! 💛

      Répondre
  2. Juan

    6 décembre 2017 at 2 h 16 min

    Muy bien contado!

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    • admin5565

      9 décembre 2017 at 2 h 15 min

      🤗

      Répondre

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